Grigory Sokolov

La nature unique de la musique du moment présent, qui ne peut être répétée à l’identique, est une notion centrale pour comprendre la beauté expressive et l’honnêteté fascinante de l’art de Grigory Sokolov. Les interprétations du pianiste russe, qui dégagent une intensité mystique au concert, naissent d’une profonde connaissance des œuvres qui forment son vaste répertoire. Largement reconnu parmi les amateurs de piano comme le plus grand pianiste d’aujourd’hui, c’est un interprète universellement admiré pour sa force visionnaire, sa spontanéité envoûtante et son engagement de tous les instants au service de la musique. En 2014, Sokolov signe un contrat en exclusivité avec Deutsche Grammophon, un partenariat qui a élargi le public du pianiste russe et confirmé sa place parmi les grands musiciens de notre époque. En janvier 2015 il sort son premier album depuis près de vingt ans, un récital sensationnel enregistré au Festival de Salzbourg 2008. Ce double disque, qui renferme deux sonates de Mozart, les vingt-quatre Préludes op. 28 de Chopin, et des bis de Bach, Chopin, Rameau et Scriabine, reflète la largeur de son répertoire. Il est suivi en janvier 2016 d’un deuxième double album, Sokolov – Schubert/Beethoven, réunissant des captations d’un concert à la Salle philharmonique de Varsovie et d’un récital au Festival de Salzbourg 2013.

Grigory Sokolov est né à Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) le 18 avril 1950. Il commence le piano à cinq ans et entre dans l’école spécialisée du Conservatoire de Leningrad où il commence sa formation dans la classe de Liya Zelikhman. Il a ensuite pour professeur Moisey Khalfin. En 1962, il donne son premier récital à Leningrad. En 1965, il gagne le premier prix du Concours national russe, une belle reconnaissance de son talent prodigieux. L’année suivante, on parle de lui en dehors des frontières de l’Union soviétique lorsque, à l’âge de seize ans, il devient le plus jeune musicien de tous les temps à obtenir la médaille d’or au Concours international Tchaïkovski de Moscou. Emil Gilels, le président du jury, sera par la suite un ardent promoteur du jeune Sokolov.

Si Grigory Sokolov fait de grandes tournées de concerts aux États-Unis et au Japon dans les années 1970, son jeu évolue et gagne en maturité loin des projecteurs de la scène internationale. Ses enregistrements de concert des années soviétiques acquièrent une valeur presque mythique en Occident, témoignages qu’ils sont d’un artiste d’un côté d’une grande originalité, et en même temps nourri par la riche tradition de l’école de piano russe. Après l’effondrement de l’Union soviétique, Sokolov commence à se produire dans les grandes salles et les prestigieux festivals du monde entier. Il joue avec des orchestres de premier plan, notamment le Philharmonique de New York, le Concertgebouw d’Amsterdam, le Philharmonia de Londres, l’Orchestre de la Radio bavaroise et le Philharmonique de Munich, avant de décider de se consacrer exclusivement au récital. Il donne environ 70 concerts par saison, se plongeant entièrement dans un seul programme qu’il présente dans toute l’Europe et au-delà. À la différence de nombreux pianistes, Sokolov s’intéresse au plus près à la mécanique des instruments qu’il joue et à leur préparation avant le concert. « Il faut des heures pour comprendre un instrument parce que chacun a sa propre personnalité, et on joue ensemble », explique-t-il. Économe dans son usage de la pédale, il obtient tout ce qu’il veut avec son incomparable technique digitale, depuis les plus subtiles nuances de sonorité et de texture jusqu’aux contrastes les plus hardis.

Dans ses récitals, il crée un lien étroit entre le public et la musique, dépassant le côté brillant et superficiel des choses pour révéler un sens spirituel profond. Son jeu repose sur les solides fondements de sa personnalité singulière et de sa vision. Il considère bien des aspects indissociables de la carrière musicale d’aujourd’hui, notamment le rapport aux médias et les relations publiques, comme des distractions détournant l’interprète de ses activités fondamentales : travailler ses partitions et faire de la musique. Dans un compte rendu récent, son style remarquablement sobre et captivant a été joliment résumé de la manière suivante : « Sokolov a stupéfié son public avec un jeu pianistique, une musicalité et un art que l’on croyait disparus pour toujours ».

Dernière venue : 3 mai 2016 dans un programme Schumann / Chopin.


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